Lille-Dicidanse

 

 

 

 

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Feuille de choux des Arts vivants, Danse, Performance, Théâtre en région lilloise.

Le choix du blog :  Dédié à l’actualité du spectacle vivant, en particulier de la danse et des arts performatifs.

 

Entrée en matière:

Lettre de Roland  Barthes sur le théâtre. 9 juillet 1975.

A Michel Archimbaud
Comme toute image animée, le spectacle est chose éphémère. Je vois, je jouis, et puis c’est fini. Aucun moyen, pour la jouissance, de reprendre un spectacle: il est perdu à jamais, aura été vu pour rien (la jouissance n’entre dans aucun compte). Mais voilà que, inattendu et comme indiscret, le livre vient donner à ce rien un supplément (paradoxe: le supplément d’un rien) : celui du souvenir, de l’intelligence, du savoir, de la culture.
Ce qui est demandé ici : que la masse énorme et infiniment mobile des livres consacrés au Spectacle ne fasse jamais oublier 1a jouissance dont ils scellent la mort; que nous lisions dans la résurrection proposée par le savoir, ce jamais plus qui fait de tout spectacle (contrairement au livre) la plus déchirante des fêtes.
 
 

Si vous désirez en savoir plus: a-propos/ 

 

 

 

 

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Avignon2015

et les poissons

 

Quelques articles de spectacles à voir en Avignon

Bon festival et bel été

 

 

Et les Poissons partirent combattre les Hommes Cie Maskantête Avignon 2015

 

A mon seul désir Gaëlle Bourges, Vivat la danse 2015

 

Das Kino  aKoma névé au Garage Novembre 2013.

 

Répétition publique : Mary’s Baby, Esther Mollo.

Et les Poissons partirent combattre les Hommes Cie Maskantête Avignon 2015

et les poissons 

Déclarer la guerre au genre humain…

Et les Poissons partirent combattre les Hommes

Texte : Angélica Liddell. Traduction : Christilla Vasserot. Mise en scène : Anne-Frédérique Bourget. Avec : Adrien Mauduit & Arnaud Agnel. Création sonore : Alexis Sebileau. Création lumière : Véronique Perruchon. Création 2014.

Avignon 2015 : un festival qui s’annonce sans grande attente pour ma part, si ce n’est quelques formes hybrides d’un art qui se voudrait total contre tout totalitarisme…Je n’ai guère pris le temps de faire ma programmation OFF.

Aussi pour premier spectacle, je choisis de retrouver une Cie de ma région, La Cie Maskantête.* J’ai eu le bonheur de rencontrer la belle personne d’Anne Frédérique Bourget  lors d’un cursus universitaire en Master Etudes Théâtrales sous les bons hospices de Mr Claude Jamain .Et, vu les prémices de la pièce dans une forme de théâtre amateur chère à la metteure en scène ; celle –ci  revêtait déjà une tournure performante bien aboutie et portait sans aucun doute la marque d’une écriture singulière. La ferveur et l’engagement pour l’art de la scène de cette ex-enseignante en lettres (mère de 4 jeunes enfants) voit ici en Avignon la consécration d’un travail fort de son engagement pour la saveur d’une langue, la puissance d’un propos et l’énergie d’une parole vivante*

Le théâtre de l’Alizée est un de ces petits lieux offert à la grande marchandisation de la culture théâtrale en Avignon, on y trouve un accueil sympathique et bienveillant. Si l’on ne s’y presse pas trop en ces premiers jours, le public est bien là (la jauge est presque pleine) ; l’endroit est bien habité et les conversations sur le IN vont bon train au bar

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15.5.1989 20 morts. L’apothéose de la bourgeoisie est de ne pas reconnaître la mélancolie chez le reste des hommes. Quelle est la mélancolie du noyé ? Je descends dans le cul d’un requin pour le savoir. »**

Un voile de plastique diaphane occupe le mur de l’avant-scène, deux silhouettes fantomatiques transpercent l’opacité de la membrane. Elles prennent corps… Le voilage est violemment décroché et jonche le plateau ainsi à découvert. Deux jeunes hommes torse nu, vêtus de larges pantalons martiaux  s’emparent de la scène et prennent parole. La parole, celle d’Angelica Liddell. Auteure dramatique Catalane, fille de Colonel, écorchée vive, révoltée, celle qui m’avait tant interpellée, choquée et bouleversée en Avignon 2010.

Une grande baffe dans la gueule, c’est ça Liddell ! Dans ta gueule de spectateur, même que si t’es pas Mr Lapute, tu l’es quand même que tu ne le voudrais pas !

Ils sont pourtant bien beaux ces Mrs Lapute, figures séductrices mâles baraquées aux torses glabres et athlétiques. Trois figures séraphiques, trois hommes pour ce texte de femme démoniaque. Ce sont deux beaux parleurs qui se jaugent, se jouent de leur vanité et discutent de l’atrocité, du désordre de notre monde confronté à la migration. De ces pauvres âmes échouées sur la plage abandonnée. De cet enfant mort de ne pas pouvoir être des leurs !

Insupportable ! Et pourtant nous sommes tenus, nous sommes soutenus par cette mise en acte, portés par les résonnances exutoires d’une percussion à la violence salvatrice. Pulsations de vie, de mort. Seules les vibrations de battements de caisses et tablao accompagnent notre souffle.

Respire, au son des tambours, souffle le long des bruissements de l’eau porté par les vagues des voiles nébuleux. Restons vivants et gardons-nous de ne pas fermer les yeux.

Depuis l’an 2000, plus de 22.000 migrants ont perdu la vie en Méditerranée.

Ce spectacle est nécessaire !

 

*http://www.maskantete.fr/index.php/presentation-de-la-compagnie

 

** http://www.editionstheatrales.fr/livres/et-les-poissons-partirent-combattre-les-hommes-383.html

A mon seul désir Gaëlle Bourges, Vivat la danse 2015

A mon seul désir Gaëlle Bourges, Vivat la danse 2015

A partir de l’étude précise du dernier tableau de la célèbre tapisserie conservée au musée de Cluny à Paris, Gaëlle Bourges nous convoque à une curieuse parade dans une surprenante communauté féminine où humanité et animalité se combinent avec une délicatesse toute bienséante.

DAME A LA LICORNE 

 

La rencontre avec l’histoire de l’art n’en est pas à sa première tentative pour la chorégraphe Gaëlle Bourges. Au travers de la relecture des œuvres Vider Vénus :Je baise les yeux, La belle indifférence, Le verrou elle nous avait conviés à une conférence dansée mettant en scène la représentation des corps nus féminins dans la peinture occidentale .Très attachée à la présence de la nudité dans ses spectacles comme corps manifeste, l’ex strip-teaseuse créatrice de la Cie du K poursuit ainsi l’analyse de la relation entre œil et exposition du corps nu avec la conviction de lier l’histoire du corps féminin et de ses symboles dans une critique déconstructiviste post féministe.
Pourtant la chorégraphe offre ici un réel défi consistant à faire dialoguer ce chef d’œuvre de la culture médiévale avec une proposition chorégraphique contemporaine, c’est avec un incontestable talent de metteure en scène et de scénographe qu’elle nous narre dans ce dernier opus une audacieuse et atypique revisitassion de la célèbre tapisserie De la Dame à la licorne dans un réel souci d’historicité.
Une pièce qui se joue à la marge des frontières troublantes entre lecture savante de l’œuvre et une interprétation primesautière du thème de la virginité dans notre société occidentale. Un étonnant récit-spectacle, véritable voyage visuel et narratif où l’expérience du langage parlé se mesure à la forme chorégraphique dans une lecture inédite de l’énigmatique tapisserie.

Dès l’entrée dans la salle de spectacle, l’on se réfère à la tenture. En effet, un imposant rideau de scène rouge garance est installé à l’avant-scène du plateau. De chaque côté des portants où sont accrochés des masques d’animaux, accessoires et vêtements. Quatre femmes se lèvent du premier rang, quittent leur siège et de dos se déshabillent lentement. Elles posent délicatement leurs vêtements au sol et montent gracieusement sur le plateau. Quatre personnages nus, quatre femmes aux corps singuliers. Si les âges et les petites variations morphologiques apparaissent imperceptiblement, les postures similaires par la légère cambrure du bassin et le basculement sensible du ventre doucement en avant accentuent l’allure détachée, dégagée, de ces quatre créatures comme sortie d’un tableau de Cranach. L’éclairage diaphane qui enveloppe les corps accentue la distance d’une icônisation par le rendu lisse de la carnation claire des peaux nimbée. L’effet est saisissant de beauté, une pure évocation des canons sculpturaux de la Renaissance par son raffinement et sa magnificence nous est gracieusement donnée à voir.

Les quatre grâces déambulent lascivement d’un bord à l’autre de la scène réduite à un étroit couloir. Arborant leurs profils délicats, les déplacements s’effectuent de manière latérale dans une marche lente et maniérée. Tour à tour elles se munissent d’une petite besace et en extraient délicatement des fleurs dont elles parsèment la tenture. Le tableau millefleurs caractéristique du XVème siècle se compose au rythme d’un discours monocorde désignant chaque variété botanique.

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L’ouvrage terminé, les quatre grâces se rassemblent pour une petite ronde très sensuelle. L’une après l’autre elles se couvrent le visage d’un masque d’animal. Un lapin, un chien, un oiseau et un singe juste sortis d’un panneau de la tapisserie.

De cette sorte d’Eden à la flore abondante, peuplé d’animaux à l’apparence pacifique, paraît un curieux ballet pantomimique. Les corps dansants incarnent un par un les caractères animaliers dans une forme symbolique désinvolte. Les figures fabuleuses de ces manifestations bestiales parfois burlesques s’appuient sur l’iconographie anthropomorphe et le goût des artistes pour singer l’homme. Le lapin lubrique sautille et trépigne tandis que le singe vil se frotte indolemment le sexe.

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Le personnage emblématique de la Dame à la licorne se distingue de ses actes bestiaux par l’habit somptueux qu’elle revêt aidée par ses valets animaliers. Le costume de brocart est fidèle à la représentation de la tapisserie Mais ce n’est sans compter sur le besoin de Gaëlle Bourges à nous confronter avec complicité à une vision du postérieur un rien provocante La jeune femme ainsi mi vêtue accompagnée de ses serviteurs animaliers part à la rencontre de la fantasmatique licorne.

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La causerie monocorde se poursuit, associant la lecture savante du mystérieux 6ème tableau à quelles dérives fantaisistes et quelque peu libertines. La représentation de la virginité tergiverse avec la métaphorique défloraison dans une imaginaire parodie de la tapisserie sur un rythme lent.

Alors que l’étrange déambulation en deux dimensions se poursuit, un son de pibrock se fait entendre à l’arrière-plan du rideau. Brusquement la tenture se décroche et s’effondre au sol. La perspective ainsi levée sur le plateau dénudé laisse paraître la grande scène obscure du Vivat. Tandis que le son de la cornemuse s’amplifie, des rangées de lapins_figurants nus masqués surgissent des coulissent en fond de scène. Plusieurs bandes de cunigulus apparaissent et se croisent latéralement toujours de face. Ils forment une surprenante sarabande où la nudité des corps se confronte au dénuement soudain du décor. Seuls quelques éclairs de lumière blanche jaillissants du cœur des cintres perturbent cette farandole. Peu à peu la frénésie s’empare du plateau et se décline au pluriel. Ils sont une bonne trentaine d’hommes et de femmes de tous âges et corporalité différentes à envahir l’espace. La question de la nudité et de la représentation du corps est très prégnante dans le domaine de la danse contemporaine. Gaëlle Bourges par la mise à nue symbolique de ces amateurs met la nudité à l’œuvre grâce une lumière savamment travaillée. Le corps perçu au-delà des représentations sociales déjoue des évidences historiques et éthiques. Postérieurement de la forme critique comme posture rebelle de la nudité, c’est bien de l’éros qu’il s’agit et d’une posture post nietzschéenne du corps nu sexué

La sarabande se délite, c’est de l’humain, de l’organique qui est donné à voir, la partition des Doors This is the end se fait entendre, le son amplifié engage les interprète dans une danse à la libido décomplexée L’intensité de la danse dionysiaque des lapins frétillant de toute part est portée par l’emblématique chanson des DOORS. This is the end Beautiful friend This is the end My only friend, the end : Le grondement sourd des pales d’hélicoptère tel le tremblement de terre comme hallucination auditive surgit. L’on se souvient alors de la référence donnée par la parole de Gaëlle Bourges à la tapisserie de l’Apocalypse d’Angers qui date également du XIV ème siècle et des lectures allégoriques des visions de Jean. Le paradoxe induit par l’anachronique association de ces deux Apocalypses ne sera probablement pas perçu par la majorité des spectateurs. Peu importe, l’énergie et le rythme donné à cette célébration chamanique de la défloraison n’est pas sans évoquer pour beaucoup un nouveau sacre

Il est cependant fort de constater que la référence posée dans le film Apocalypse now de Francis Ford Coppola en 1979 et de la bande son chantée par Jim Morrison renvoie bien à la pensée chamanique et de cette véritable plongée dans le subconscient_ou dans le monde des esprits. C’est probablement plus proche de cette pensée animiste que Gaëlle Bourges incarne par ces spectacles ses propres démons…

 

«  Un plan au lointain, mais sans profondeur, où la licorne chante à dessein quelques bribes de « The end », des Doors, que j’ai choisis après avoir revu Apocalyse Now, de Francis Ford Coppola. L’enjeu d’un tel final est, me semble-t-il, énoncé dans le dernier texte que l’on entend pendant le cinquième tableau, la vue : « Dans ce panneau, la jeune fille tient un miroir dans sa main – or les peintres médiévaux représentaient souvent la pécheresse dans sa chambre, justement un miroir à la main. Comme dans la tapisserie de l’Apocalypse. Ici, la jeune fille ne se regarde pas : elle est assise, un petit chien poilu à sa gauche, et elle tend le miroir à la licorne. A croire que ce sont les licornes qui sont des putes. Ou que les putes sont des licornes. Ça me plaît assez : des licornes, des chiens poilus, des putes et des monstres fabuleux. Sans compter les trente-cinq lapins lubriques. Pas vraiment métaphysique, mais un bon programme politique»*

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Les danseurs fous bondissants et jaillissants se déchainent entrainés par les quatre femmes chamanes. Cette forme rituelle des Bacchantes où le port du masque de la bête sauvage représente un mode supérieur d’existence est un  appel à la transe : une recherche à approfondir cette sensibilité par une sensitivité animale qui serait supérieure à celle de l’homme.

Le point de vue du spectateur en est totalement asservi, et c’est bien au-delà de tout voyeurisme que le public subjugué applaudit avec ferveur la troupe de lapins démasqués alignés à l’avant-scène, dans leur plus simple appareil.

P L-B mars 2015

 

*http://www.ccntours.com/media/ccnt/34518-entretien_ga_lle_bourges-1.pdf

François Chaignaud : Думи мої – Dumy Moyi

François Chaignaud : Думи мої – Dumy Moyi

Vivat la danse 1er Février 2015.

 

François Chaignaud nous livre ses pensées musicales et nous invite à une singulière célébration de la danse dans un spectacle littéralement envoutant.

Qui, au sein d’un spectacle, au fond de quelques visions, apparitions ou artifices n’a connu l’expérience esthétique comme une sensation bouleversante et merveilleuse avec quoi rien de commun ne peut se confondre ?

Il faut avoir connu cette fébrile montée de l’émotion dont les flots arrivent sur vous et vous inondent comme mus par un incroyable courant. Il est des spectacles dont on ne se lasse pas. Ils sont vus et revus et à chaque fois une sensation nouvelle, miracle du simulacre de la scène.

 

Découvert au détour d’une création de Tiago Guedes il y a une dizaine d’année, ce danseur à l’allure étrange m’avait immédiatement interpellée. Une forme de grâce inédite émanait de sa personne et toute aussi déconcertante soit-elle, sa présence fantasque m’émerveillait. Retrouvé au hasard d’une programmation des Latitudes Contemporaines en solo dans un recoin du Garage, ensevelit sous une multitude de matelas souillés il se jouait de nos regard ébahis tout en utilisant un répertoire chanté inaccoutumé de la scène contemporaine. Depuis lors, je pense avoir vu toutes ses créations (sauf hélas Castor et Pollux). La complicité avec Cécilia Bengolea son alter égo féminin au sein de la Cie VloVaJoV Pru1 depuis 2005 l’entraîne vers de nouvelles formes toujours très dansées comme défi au courant parfois nihiliste d’une danse mécanique conceptuelle. Non contents de bouleverser les vertus faussement morales d’une époque indûment conservatrice, ils entreprennent une réinvention de l’histoire des mouvements artistiques dans la conception jubilatoire d’un « gai savoir »de la danse qui se pose sur une exaltation des corps jouissant du mouvement.

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Думи мої – Dumy Moyi est le dernier opus de cette carrière à l’assomption fulgurante, cette pièce nous convainc admirablement par la légitimité du travail colossal entrepris. Bien au-delà de tout effet de mode, la revitalisation des danses sacrées se joue comme prolongement du nihilisme culturel avec un radicalisme et un engagement physique réel.

 

Nous sommes peu nombreux en ce début de dimanche après-midi glacial et pluvieux. C’est la première représentation d’une série de 3 au sein de cette journée festivalière. Comme l’indique la plaquette du festival« cette pièce est un antidote aux rituels du spectacle occidental, de sa frontalité, de sa périodicité ».

Le petit théâtre de la COOP tout de noir pourvu demeure un lieu propice à la fantasmagorie. Nous y pénétrons dans le calme avec une forme acquise de dévotion au spectacle. Conquise? Oui, certainement, pour l’avoir vécu dans d’autres conditions à la Maison Folie Wazemmes en juin. Car je sais déjà que nous allons être invités à une célébration toute particulière. Les amis qui m’accompagnent n’ont pas cette expérience, mais je ne sais par quelque aura, ils ont déjà pressenti ce qui allait se produire.

Le décor est posé : des coussins gonflables transparents tels des bulles de verres sont disposés de chaque côté de ce qui apparaît déjà comme une traversée au cœur de la salle entre le mur de brique noire et la régie où l’équipe technique est en poste. Il nous est recommandé d’être en avant de cette configuration de manière très rapprochée. De la pénombre nous distinguons posés sur le sol des objets fait de plumes et de matériaux brillants.

Une femme traverse l’espace, elle porte un aquarium, s’assied à l’extrémité du rang. Je ne me souviens plus si un son ou une variation de lumière m’indique que le spectacle est commencé ?

Des coulisses derrière la régie surgit alors en bondissant une créature parée d’un incroyable costume aux figures ethniques diverses. L’effet de surprise s’allie à la magnificence de cet être chimérique. Le maquillage outrancier du visage fardé, faux cils et corps pailleté s’associe à la parure dans un curieux mix d’éléments organiques et artificiels : une couronne composée de décorations de Noël et d’une mâchoire dentée de poisson. Un habit confectionné de cerceaux agrémentés de cheveux colorés et de duvet de plume fuchsia, d’ornements d’objets à la fois kitchs et clinquants  remonte dans sur le dos en forme d’ailes.( Le tout est réalisé par le styliste Romain Brau).

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C’est un être magnifique, épiphanie d’un corps glorieux qui se met au service d’une danse aux allures tribales. Une gestuelle complexe faite de frappe de pieds, de rotations et de contorsions savamment chorégraphiées s’organise malgré la contrainte de l’envergure du costume lourd et sophistiqué. Il se joue de la proximité du public frôlant de ses jupons chevelus les visages des spectateurs fascinés par tant de prouesses. Tel un chaman en proie à quelque aventure mystique, il s’approche de nous et nous tend la gueule ouverte d’un serpent albinos (bien inoffensif) enlacé autour de son bras. Le confie à sa gardienne et rejoint d’un bond le fond de la scène. Le jeu subtil des lumières (Philippe Gladieux) propage l’ombre saisissante de cet être dansant sur le mur sombre du théâtre, une parade fantasque se rythme au son des tambours carnavalesques.

Tel un derviche il se déploie à nouveau dans l’espace restreint du couloir bordé par les spectateurs de plus en plus subjugués par cet être hors du commun.

De ce corps « lieu de convergence de toutes ces sources_parfois contradictoires »*une voix de falsetto se fait entendre. Voix saisissante chantée sur un ton lyrique envoûtant dans une suite de langues étrangères. Cette étrange créature transformiste virevolte tout en se libérant de ses apparats, François Chaignaud nous chante dans une voix de haute contre un récital d’airs d’aveux et de confession ukrainien, séphardique, napolitain, russe, espagnol, philippin et anglais. En empruntant les codes du music-hall expérimentés lors de son compagnonnage avec Jérôme marin, le performer se livre avec démesure à une représentation originale du spectacle dans une forme où la danse, le cabaret et la célébration rituelle composent une revue dont le sujet principal serait la communion.

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En effet, au fur et à mesure, la parade se déroule au rythme des métamorphoses de cette figure fantastique : un changement de coiffe tout aussi extravagante composée d’oiseaux et de plumages bariolés sera suivi du port endossé d’une forme de carcan tissé de fibres de chaumes. Une succession de passages rituels à la manière des rituels de theyyam dans le Malabar, sont portés par les chants poétiques au caractère liturgique. Le public se trouve littéralement pris dans une célébration augmentée par la proximité du danseur et de l’adresse des attentions échangées par la grâce de cet être majestueux. François Chaignaud incarne tout à la fois : les rôles de serviteur, enchanteur, sorcier au service de la danse : « le lieu d’invention d’un corps impur, intense, emphatique et en devenir »* Partage de la pensée musicale de ce créateur de rêve.

Le spectacle se termine, nous sommes tous bouleversés, il nous est difficile de quitter cet espace devenu si intime, nous partageons quelques mots, des sourires sont échangés. Nous faisons un, un public uni pour le temps commun du spectacle.

P L-B Lille-Dicidanse février 2015

 

*Extrait de la feuille de salle Texte savamment rédigé qui est à lui seul une étude pertinente de son œuvre.

 

Festival Vivat la Danse février 2015.

 

 

Festival Vivat la Danse février 2015.

Fidèle à ses convictions et ses choix personnels : Eliane est une femmheuse programmatrice (private jokehttp://www.levivat.net/le-blog/vivat-la-danse-18e-edition-cetait-vachement-bien ). La programmation de cette dernière édition n’en est pas moins danse et toujours aussi dense et intense en sensations et émotions. Cette sélection orientée sur « Le son des corps » a pour objet de  modifier une fois encore  la position du spectateur en sollicitant les sens et les perceptions  au détour d’expériences sensorielles pour le moins surprenantes et curieuses. Si l’étrange côtoie le sensationnel  sous des formes spectaculaires souvent inaccoutumées ce n’est que pour nous inviter à percevoir ce que contemporain signifie au plus haut degré de la création actuelle. Dans un champ qui dépasse considérablement le cadre entendu du spectacle de danse, là où les formes hybrides et les pratiques inédites se relient au son des corps dansants sans crainte de les rendre parfois dissonants…

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C’est à Vincent Dupont,  artiste protéiforme obnubilé par le son  et l’espace qu’une bonne partie de la programmation est donnée. Le défi du spectacle jeune public est relevé avec brio ; certes une médiation est nécessaire pour faire accéder ces jeunes élèves à une forme abstraite dont le concept de Stéréoscopia  a hélas échappé à certains. Les interrogations et la curiosité de quelques-uns nous rassurent quant à la bonne réception du spectacle dans sa dramaturgie. C’est probablement la pièce Bine qui illustre le mieux le sujet de ce festival. La configuration intime du petit théâtre obscur de la COOP ajoute au mystère de l’installation. Les voix poétiques de Charles Pennequin se mêlent aux sons  de la forme chimérique empruntée par Charlène Sorin. Etrange et surprenante créature, comme apologue d’une allégorie télévisuelle révolue.

Aussi le chorégraphe semble se complaire dans une forme tutélaire de l’art télévisuel, nous constatons à la relecture de sa pièce endémique  Hauts cris (miniatures) que le petit écran lui confère une aversion bien mal illusionnée…Cela sonne faux. Mais le monde du spectacle en est le produit subversif ?

Vincent Dupont est bien entouré par  quelques habitués de la scène du Vivat : artistes en résidences passées Julie Nioche y retrouve Sir Alice pour une fougueuse interprétation rock. Tiago Guedes  incarne une danse énergique  dans un  ballet juvénile aux accents urbains figurés par une collection de matelas usagés.

De jeunes chorégraphes à venir :Maria Jerez dans Ba-deedly-deedly-deedly-dum ba-boop-dee-boop traverse la bande son du film Taxi Driver dans une forme pour le moins iconoclaste et, nous invite à un goûter improvisé des plus loufoque. Tandis que Mette Ingvarsten nous convie à une expérience phénoménale au cœur d’un jardin Extra sensoriel. Lieu de perceptions insensées où, lumières, couleurs et sons nous convoquent dans d’improbables sensations. Ce voyage initiatique révèle  les perceptions enfouies  les plus intimes.

Et, si l’inquiétante présence de Jonathan Capvieille nous effraie toujours autant (le souvenir de Jerk me hante obstinément), ce n’est que pour mieux affirmer le réel talent et la virtuosité de cet interprète hors pair. C’est avec distanciation qu’un mix de chansons populaires des années 80 nous offre à plusieurs degrés ; une lecture des moins cyniques d’une génération si ce n’est perdue tout du moins égarée.  Pas certaine que toutes et tous en ayons les clefs. Une certitude, nous n’en sortons pas indemnes qui que nous soyons !

Et que dire du détonant David Wampach ? Et de sa performance respiratoire bruyante  certes, il n’en est pas à son premier souffle (son Sacre avait déjà bien époumoné le public du Vivat)  Si quelques érudits y ont vu plusieurs références plasticiennes de l’histoire de la performance (de Dada aux Bruitistes en passant par Paul Mac Carthy et même Bill Viola), c’est en toute empathie et avec toute la physicalité qui s’en déduit que nous avons vécu ce spectacle; passant de souvenirs funestes à une réjouissante vision de personnages de dessins  animés  avec une complaisante ironie. Nous sortons gonflé à bloc de ce spectacle pour le moins retentissant.

Une soirée très attendue  autour de l’œuvre de La dame à la Licorne de Gaëlle BourgesA mon seul désir Gaëlle Bourges, Vivat la danse 2015

Et la prestation remarquable de François Chaignaud.  Deux temps forts pour lesquels nous consacrerons  écrit tout particulier à suivre bientôt sur le blog…

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François Chaignaud : Думи мої – Dumy Moyi

Dommage, un léger couac de mauvais goût plus qu’une prétention au kitch en fin de parcours et une lecture insipide un dimanche de pluie.

Bon voici pour mon point de vue

Au fait pour ma part je prononce le T du Vivat…http://www.levivat.net/le-blog

P L-B

 

 

hiver 2015 Feu vert pour 2015. Pour la vivre, la rire, la jouer, la chanter, la danser avec vous envers et contre toute morosité.

hiver 2015 Feu vert pour 2015. Pour la vivre, la rire, la jouer, la chanter, la danser avec vous envers et contre toute morosité.

Actu automne 14

Fêtes de début de saison et ouverture de portes. Ça y est, la saison est commencée….

Même si l’on constate une baisse effective de représentations dans chaque théâtre (environ 1/4 de spectacles produits en moins par lieu).Les efforts de nos programmateurs sont remarquables afin de nous organiser un maximum d’offres

Pour cela chacun fait fonctionner son réseau, s’associe, collabore. Ainsi le public devient de plus en plus mobile. Ce sont les sociétés de transport  qui s’en réjouissent le plus probablement.  Tout le monde y va de sa navette, les festivals se multiplient. Attention les billetteries chauffent surchauffent et  il devient de plus en plus complexe pour le spectateur de réserver et faire des choix. Logiciel EXEL et Doodle impératifs sous risque de se retrouver avec 3 programmes le même soir ou deux résa pour le même spectacle sur deux abonnements différents…Croyez en mon expérience!!!

Mais bon ne soyons pas négatifs et profitons de ces temps émancipateurs et intelligents, de ces moments divertissants et bénéfiques à notre bon moral .Et ne crachons pas dans la soupe même si elle est parfois trop populaire Il y a longtemps que j’arpente les territoires des arts vivants en région et c’est en toute impartialité et subjectivité  que je vous livre ma sélection et mes coups de cœur.

Au programme de cet automne quelques bien belles propositions

NOTULES.

Comme mise en bouche quelques sorties de résidence afin de nous mettre en appétence. Je vous fais écho de quelques découvertes… à venir  dans la saison

Très attachée à la valeur que peuvent porter un regard critique sur les sorties de résidences dont Lille- Dicidanse c’est fait une spécificité. Voici quelques notules sur ces trouvailles  très prometteuses.

 

C’est au Vivat, http://www.levivat.net/le-blog/samedi-cetait-les-portes-ouvertes-du-vivat dans le cadre de son ouverture de saison que nous avons le bonheur de retrouver que Belinda Annaloro ( souvenez-vous de POPUP Belinda Annaloro Vivat novembre 2011 )pour une nouvelle proposition toujours aussi ludique et pimpante . ATLAS est le titre judicieusement choisi pour ce prochain spectacle. Belinda nous livrera avec la délicatesse et la sensibilité qui l’habite sa perception quelque peu fantaisiste du paysage et de sa conception poétique de la géographie. C’est à la Maison des Artistes, laboratoire de recherche et lieu d’expérimentation artistique qu’elle nous invite à explorer par le petit bout de la lorgnette et de l’oreillette l’univers merveilleux qu’elle a conçu en préambule à la création scénique .Dans cette étape de travail ,elle nous expose les matériaux futurs du spectacle dans une joyeuse déambulation faite de point de vues sur les maquettes plus ou moins parfaites de reconstitutions architecturales et paysagères, de projections et captations vidéo et d’écoute d’un texte poétique sur ses cheminements enjoués

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C’est par la rencontre et l’échange avec les publics qu’elle continue à glaner les éléments d’une dramaturgie toujours aussi ludique, gaie et colorée. ATLAS sera créé en novembre 2015 nous ne manquerons pas de participer à cette nouvelle invitation au voyage

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Poursuivons cet après-midi ensoleillé en rejoignant l’équipe du Vivat où la pétulante Bernadette Appert Cie ZAOUM nous attend pour un goûter et un « Studio photo Fesses » Photo des fesses de tous les « engagés »( public bénévoles) mais également des visiteurs prêts à offrir l’image de cette partie intime si ce n’est défendue C’est par le stratège du déplacement de la focale sur une autre partie de notre anatomie que la réalisation de ces clichés peu compromettants à lieu… Fesses un spectacle à venir ( fév 2015) qui ne manquera pas de nous amuser mais aussi de nous interroger sur cette partie si délicate de notre corps.

Résolument jeune et contemporaine, la sélection du VIVAT et de sa pétillante directrice Eliane Dheygere, nous convie à découvrir les prémices de la pièce chorégraphique qui nous sera proposée  en ouverture du festival Vivat la danse ( un évènement phare de la danse contemporaine sur l’Euro région).

C’est à Vincent Dupont chorégraphe expérimenté et reconnu pour son travail conceptuel et sensible qu’elle a commandé une pièce jeune public (en fait, tout public à partir de 9 ans) dont la poésie contemporaine et le mode original de diffusion ne manquera pas de captiver le public.

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Stéréoscopia, Une étonnante expérience sensorielle en relief ! « L’espace scope est créé par une frise très basse sur l’ouverture du cadre du théâtre. L’espace stéréo est celui proposé par des casques audio pour chaque spectateur. C’est la vision d’un monde à l’horizontale où la droite et la gauche déséquilibrent la perception ; entre attraction et répulsion, entre son propre corps et le corps de l’autre. Entre ces deux corps qui se rapprochent et s’éloignent, se frôlent, les sons créent l’écart entre ce que l’on voit et ce que l’on entend. »Extrait du site du VIVAT

Cela fonctionne et malgré le fort taux d’abstraction du propos, les plus jeunes spectateurs sont très investis par ce processus visuel et auditif. C’est avec discernement et beaucoup de jugeote qu’ils interrogent l’équipe au retour du spectacle. A suivre …

Le pédibus est le mode privilégié choisi par la plupart des spectateurs pour rejoindre La COOP. Cette  salle de spectacle du Lycée Gustave Eiffel est fidèle partenaire du Vivat dans l’accueil et l’organisation de résidences et spectacles en lien avec la vie étudiante de l’établissement.

A cette occasion, c’est dans un esprit résolument jeune et dynamique qu’un bal participatif ( Encore !!! me direz-vous) est organisé afin de mettre en mouvement la totalité du public rassemblé. Let’s dance.

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Si la forme redondante de ce mode de mise en relation superficielle du public à des fins de rassemblement festif et faussement populaire m’agace un peu  (je comprends que certains rechignent particulièrement à ce type de manipulation toute bienveillante qu’elle soit). C’est avec bonne humeur (ne soyons pas bégueule) que nous y allons, engagés par la présence de quelques bons amis complices du stratège d’enrôlement. Soirée à thème Rock n’roll. Les looks gominés, banane et choucroute de nos camarades costumés de chemise à carreau, jupons corolles et faux tatous font sourire. A cela l’ambiance boule à facette et le cocktail de bienvenue nous font oublier toute réserve. Nous voici embringués pour une folle soirée Attention, il est hors de question de rester assis. C’est avec une réelle volonté de nous faire bouger que Bérénice Legrand investigatrice la CIE la Ruse http://www.laruse.org/ et sa comparse Sandrine Becquet  nous convient à un bal résolument rock, subtilement gourmand et (quelque peu) curieux. Let’s dance : plus d’une heure durant nous nous trémousserons avec entrain  sur les partitions rock d’Elvis à Téléphone en passant par Lou Reed et les Rita Mitsouko L’équipe de coach nous guide avec joie et bonne humeur  . Ouf quelques temps pour souffler se désaltérer, remplir les batteries avec de curieuses et nostalgiques friandises. Concours de bubble gum et sucre pétillant pour toute addiction à la danse. Yes we can  Let’s dance and rock le  VIVAT for ever.

 

 

Autre lieu autre forme d’ouverture de saison. Au Gymnase, c’est dans le cadre des journées du Patrimoine qu’avait lieu la sortie de résidence d’Emmanuel  Eggermont

 

Emmanuel EGGERMONT L’Anthracite. Strange Fruit Suivi d’une autre Répétition publique :Emmanuel_Eggermont

 

 

 

 

Cécile Loyer, UNE PIECE MANQUANTE 

 Création 2014

Chorégraphie : Cécile Loyer Interprètes : Éric Domeneghetty, Éric Fessenmeyer, Mai Ishiwata, Cécile Loyer Musique : Sylvain Chauveau Lumières : Jonathan Douchet

Notes d’intention de l’auteure

« Comme Moments d’absence, la précédente pièce de Cécile Loyer, Une pièce manquante cherche à créer le trouble, le doute chez les spectateurs en questionnant la frontière entre jeu et réalité. Mais, cette fois, l’entrée en matière s’opère par le biais d’un classique de l’histoire du théâtre. Ce spectacle se fonde en effet sur La Tempête de Shakespeare, non tant la pièce elle-même que certains de ces aspects : il s’agit d’une tragicomédie féerique, du récit d’un naufrage, qui débouche sur l’isolement des protagonistes dans un lieu inconnu, de leur perte de repères, et du doute qu’ils éprouvent sur leurs identités respectives.

Choisir ce texte comme point de départ, c’est installer d’entrée (pour mieux les mettre en pièces) le code du théâtre et l’imaginaire du conte comme cadre de la pièce.

Mais, alors que la pièce de Shakespeare s’ouvre sur une tempête qui mène à un naufrage, puis à une accalmie et à un dénouement heureux, Une pièce manquante n’est que bourrasques, vagues déferlantes, crachins et tourbillons. Tandis que les danseurs multiplient les tentatives pour jouer la première scène de La Tempête, la tempête s’empare d’eux, la raison prend l’eau et le théâtre lui-même prend l’eau et commence à couler. Dès lors, les places, les rôles, se modifient ; les rapports de force s’inversent, les danseurs refusent d’être dirigés, la chorégraphe démissionne, le groupe se divise et des alliances se nouent, et ce flottement autour des questions « qui est qui ? » et « qui fait quoi ? » entraîne la pièce vers une autre pièce, hors-cadre celle-là, hors scène.

L’espace, jusqu’alors cerné par la lumière, est mis à nu, sans coulisse, ni fond de scène, la structure du théâtre est à vue, la scène s’élargit aux dimensions de la salle et le public est aussitôt pris à témoin de ce « disfonctionnement ».

Ainsi, Une pièce manquante déjoue les attentes pour remettre en cause les relations conventionnelles entre le metteur en scène, les acteurs et le texte, entre le public et les interprètes. Dans le naufrage de cette tentative de mise en scène de La Tempête, c’est donc non seulement une autre pièce qui est donnée à voir, mais aussi une autre forme de théâtralité qui est proposée. ». Extrait du site http://www.cecileloyer.com/repertoire/

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Et comme je lui faisais remarquer au retour de cette présentation Ce que nous avons vu correspondait parfaitement à ses intentions Certes il n’est pas nouveau de faire du théâtre dans le théâtre et si la pensée dé structuraliste semble être le fondement de ce processus quelque peu conceptuel. Ce n’est que pour mieux faire valoir la part des interprètes qui mènent avec brio un suite chaotique d’évènements à la fois drôles quelques peu burlesques. Non sans rappeler le passage de la chorégraphe chez Caterina Sagna et Thomas Lebrun.

Un bien curieux spectacle, débutant comme si les comédiens nous avaient invités dans leur théâtre quotidien. Le spectacle démarre presque à notre insu. On se retrouve vite plongé dans une succession de moments où corps et texte se rejoignent, s’entrechoquent alors que tout s’enchevêtre à grande vitesse et que la danse se fait théâtre du chaos. Un temps salvateur et nécessaire se produit comme par magie. La danse sensible de Mitsuyo Uesugi s’exprime dans un mouvement fluide qui se joue de l’apesanteur et de l’espace L’écoute introspective du corps comme matière à la métamorphose invoque la figure tutélaire du Butho. Le spectre de la poésie de Josef  Nadj (Cécile Loyer a participé à de nombreuses créations) paraît et disparaît au détour d’un savant jeu de lumière et d’une danse parfaitement accomplie

Un spectacle original quelque peu anti conformiste où les attitudes prennent forme.

Un excellent choix de programmation par Céline Bréant directrice du Gymnase CDC de UNE PIECE MANQUANTE pour le prochain Festival Grand Bain( avril 2015) . A nous d’être les privilégiés et de découvrir cette pièce.

 

Benjamin Bertrand La nudité dans l’art  LAM

En préambule à la rediffusion de la colossale TRAGEDIE  Olivier Dubois création Avignon 2012

Ce jeune interprète nous a enchantés de sa lumineuse présence lors de la rencontre organisée au LAM sur la question de la nudité dans l’art. Et pourtant cela a failli très mal tourner dès le début … La personne se prétendant historienne de l’art dont le nom m’échappe a failli complétement gâcher cet «  entretien » incapable de gérer son PC et encore moins un power point Un discours plat pré établi sur une sélection d’œuvres ne faisant même pas partie de la collection du musée. Sans compter sur la présence malveillante de personnes proches du statut de dégénérescence cérébrale (membre des amis du musée…) dont le mépris et l’animosité face à tant de jeunesse et d’intelligence  ne faisait que tarir leur ignorante et pédante étroitesse d’esprit.

Ouf par une pertinente intervention du public ( hi hi hi) la séance  a pu reprendre sous de meilleurs hospices et c’est avec beaucoup de finesse et d’intelligence que Benjamin nous a éclairé à propos du spectacle TRAGEDIE que nous sommes allés voir à nouveau.

Beaucoup de choses ont été dites Ce spectacle est un véritable uppercut. Un ballet guerrier d’une terrible beauté. Aussi je ne complèterai pas la revue de presse Mais vous sollicite quelques images.

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Bon je ne vous ai pas parlé des spectacles à venir… Mais je pense que vous êtes suffisamment autonomes et émancipés pour faire votre programmation au sein de nos scènes amies  Et puis je cesse la com* et pense sérieusement réduire la fréquence des pages actu préférant me consacrer à un travail plus réflexif d’écriture et d’accompagnement des structures amies  pour la diffusion de l’art Vous pouvez aussi me suivre sur la page Face book  https://www.facebook.com/pascale.logie pas dis que l’on me retrouve partout mais…

 

N’oubliez pas NEXT Time …http://www.nextfestival.eu/fr   ET pour tout savoir sur le NEXT http://nextfestival.wordpress.com/2014/10/31/14-11/

 

* Quand la « com » s’empare du théâtre http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/10/01/quand-la-com-s-empare-du-theatre_4498460_3232.html

Emmanuel EGGERMONT L’Anthracite. Strange Fruit

Emmanuel EGGERMONT  L’Anthracite. Strange Fruit

Etape de travail. Le Gymnase CDC Journées du Patrimoine 2014

 

Emmanuel Eggermont nous fait goûter aux saveurs âpres et à la texture singulière d’un Strange fruit dans une composition poétique et sensible.

 

2014, ce chiffre résonne, 2014 : 14, 1914 La grande guerre. 2014 année de commémoration ce mot ne sonne pas juste j’ai des difficultés à l’énoncer, le prononcer et même l’écrire. C’est avec précaution et une relative distance que j’envisage d’assister à quelques spectacles labélisés ‘ Centenaire 14-18 » contre toute forme de glorification de la guerre.

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Strange Fruit est le premier de la saison, je sais par avance que le travail d’Emmanuel Eggermont me touchera. C’est que l’on sait à quoi s’attendre : sous-entendu, le canevas est toujours le même selon certains détracteurs. Mais ! Que nous en sortons à chaque fois bouleversés et emplis d’émotions.

Je suis le travail de ce jeune chorégraphe de la région Nord depuis ses premières tentatives au sein de sa Cie L’Anthracite dans le cadre des Latitudes Contemporaines et aussi comme étant l’un des plus brillants interprètes de Raimund Hoghe artiste de renommée mondiale qui marque la danse contemporaine par une esthétique théâtrale sensible et éclairée *

Si la distinction et la rigueur de ce danseur ajoutent à la beauté de sa gestuelle, c’est avec une grande modestie que ce remarquable artiste envisage sa nouvelle création dans le cadre du projet du projet de regards croisés A fendre le cœur le plus dur imaginé par l’historien Pierre Schill **Il s’agit d’une création de L’Anthracite . Ce projet traite de documents historiques, un reportage photographique de Gaston Chérau, les articles qu’il a écrit pour le journal « le matin » pour qui il réalise le reportage et sa correspondance dont le titre du projet est une citation.Le solo de danse s’inspire également du poème d’Abel Meeropol  Strange Fruit. Réponse artistique vitale de cet enseignant américain à la vue de photographies de lynchages dans les années 30.

Ce que nous voyons en cette journée du Patrimoine dans le lieu historique du GYMNASE (Salle de sport municipale consacrée à la volonté de produire des corps sains et aptes aux combats dans le cadre d’une politique hygiéniste du début du XXème siècle) n’est que le fruit de 2 semaines de recherche.

 

Strange fruit Etape de création

 

L’atmosphère solennelle est posée dès l’entrée en scène par la présence immobile d’Emmanuel au centre du plateau. Sombre, c’est un austère personnage qui est là planté, le regard ténébreux. Les sourcils froncés. Vêtu de noir comme à son accoutumé, chaussé de ses immuables mocassins vernis, noirs eux aussi  On remarque le détail d’un pardessus bleu horizon posé sur les épaules comme signifiant d’une dramaturgie à venir (symbole du Poilu pendant la Première Guerre Mondiale)

Sa mince silhouette brune se détache du plateau de danse composé de 6 plaques rectangulaires en placo isorel. Six aplats blancs non joints et équidistants comme métaphore Deleuzienne de la « tectonique des plaques » ‘(dérive des continents). Au fond à l’angle du plateau Jihé Jung, fidèle assistante artistique et partenaire est à la console-régie, elle se lève s’agenouille et délicatement fait glisser une plaque de manière à former un rectangle uniforme.

 

Dans un silence pesant, le danseur remonte lentement sa capote gris de fer bleuté se couvrant la tête comme pour se protéger ou se dissimuler Sans bruit ou presque Il commence alors une lente déambulation linéaire, le dos courbé, la tête repliée, le regard baissé. Il nous invite ainsi à cheminement architecturée conçu pour émouvoir au plus haut point les amateurs de danse contemporaine.

Les pas crissent sur le polystyrène, générant une musique imperceptible auxquels s’ajoutent les rafales des shoots des deux appareils photos disposés aux angles de la scène.

La figure du fantassin se dessine sobrement par le déplacement délicat des chaussettes relevées sur le pantalon. Chaque geste est perception, chaque détail de la scénographie fait sens. La bande son d’un texte de film de guerre défile en complémentarité aux poses et figures du soldat pour la photo souvenir. Empruntant ces images aux vestiges d’une mémoire collective dans une forme discursive ; il nous invite à réfléchir à notre rapport au temps et à l’histoire, et défie notre regard sur notre monde dont nous sommes les témoins.

 

Assurément, la danse d’Emmanuel Eggermont fait profession du sentiment, de l’émotion, de ce que l’humanité et l’engagement se heurtent à la mémoire et au souvenir. Et cela dans une confrontation historique et poétique. Au deçà du fait anecdotique des prémices de la grande guerre, c’est de l’Espagne, de sa tradition  fondée sur la culture de l’angoisse qu’il évoque et sublime la figure de l’artiste dans l’arène de la scène. Il assure par sa singularité une danse désarticulée aux accents flamencos dont la technique exemplaire forgée par ses multiples expériences chorégraphiques ***marque une esthétique plastique magnifiée par la sobriété des éclairages.

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Strange fruit prend sa source au cœur du projet  A fendre le cœur le plus dur, Emmanuel Eggermont s’inspire à la fois de ce poème de Abel Meeropol écrit en 1937 Mais également de la violence des photos du correspondant de guerre Gaston Chéreau illustrant le conflit italo- turc de 1911- 12.

Les tirs, répétés en cascade évoquent de manière métaphorique cette dramaturgie. La présence solitaire de l’interprète est appuyée par une partition musicale où se mêle nostalgie et tristesse. La voix de Billie Holiday sur la mélodie de Strange Fruit ajoute à cette atmosphère grave.

 

La représentation (sortie de résidence) s’achève avec une note plus légère comme signe d’un espoir de paix. La ballade Blue Moon fredonnée par Billie Holiday, du même bleu couleur de la mélancolie d’un homme triste et solitaire en quête d’amour

 

Pascale Logié-Broussart  sept 2014

crédit photo Cie L’Anthracite

 

* http://archiveslilledissidanse.unblog.fr/2009/09/18/le-sacre-du-printempsraimund-hoghe/

http://www.levivatblog.net/article-si-je-meurs-laissez-le-balon-ouvert-par-raimund-hoghe-62457080.html

 

** http://www.lanthracite.org/LANTHRACITE/Strange_fruit.html

 

*** http://www.llasbl.be/fr/Emmanuel_Eggermont

DanseWindows création rentrée 2014 Ballet du Nord CCN Roubaix

DanseWindows création rentrée 2014 Ballet du Nord CCN Roubaix

Des jeux de cour aux jeux de la guerre, là où le Je est un jeux

 

 

Pour cette rentrée et première invitation au CCN de Roubaix, Olivier Dubois a choisi d’ouvrir grand la fenêtre sur le portail de la création chorégraphique internationale. Dans le sillage de Souls sa dernière pièce crée au Caire, la septième session de DanseWindows* revêt des accents africains qui riment bien avec contemporain.

Pour cela il a permis à trois jeunes interprètes de la région Nord de vivre une création sous la houlette de deux grands noms de la chorégraphie internationale : Karima Mansour Directrice Artistique du Centre de Danse Contemporaine du Caire et Germaine Acogny danseuse mythique de Maurice Béjart, chorégraphe et directrice de l’Ecole des Sables de Dakar au Sénégal .Lieux de résidence artistique chers à Olivier Dubois où il aime se ressourcer..

Les deux duos ont été conçus sur le thème de la jeunesse et de la quête d’identité. Un sujet qui touchera assurément le public des DanseWindows. Un thème universel que les deux chorégraphes ont développé avec leurs sensibilités propres. Si la jeunesse des interprètes se mesure à l’expérience de ses deux maitresses de la danse avec fougue, c’est dans un élan de générosité et un réel plaisir de danser que les deux duos aux esthétiques distinctes se dévoilent devant un public conquis.

Les jeunes danseurs ont été sélectionnés avec rigueur et de grandes exigences techniques de manière à répondre aux attentes spécifiques de chacune de de ses militantes de la danse contemporaine.

L’association entre les chorégraphes s’est faite de manière conviviale dans les temps de répétitions et de partage du projet. On peut regretter qu’un troisième volet écrit à quatre mains n’ait pu voir le jour. Mais le principe des DanseWindows (2 fois 20mn/ 2 cies ) également diffusé dans le cadre des Belles Sorties sous le patronage des institutions locales ne le permet pas actuellement Lorsque Olivier Dubois évoque la rencontre entre ces deux univers chorégraphiques autour d’un même thème, l’on constate que celle-ci s’est principalement réalisée pour Mélodie Lasselin qui a su interpréter, incarner et enchainer les deux propositions avec une énergie et un enthousiasme qui a ravi  le public.

 

*Dansewindows : une nouvelle forme, un nouvel objet spectaculaire qui a pour vocation de faire découvrir la danse contemporaine aux habitants de la région en diffusant les pièces chorégraphiques dans des lieux non dédiés au spectacle vivant (salle polyvalente, extérieur, gymnase…)

Dansewindows est un projet de décentralisation chorégraphique mis en place par le Centre Chorégraphique National de Roubaix depuis 2007. L’objectif de ce projet est. Les représentations sont toujours accompagnées d’actions de médiation.

Deux formes spectaculaires chorégraphiées à l’adresse du public ciblé des Dansewindows Si le propos peut paraitre moraliste et quelque peu scolaire Il garde le mérite d’être interprété avec cœur et engagement Et toute la valeur et la générosité de ces deux pionnières de la danse au service de la culture contemporaine en Afrique

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Karima Mansour “One day… how long is forever? “Mélodie Lasselin et Laure-Anne Segers

Assistant à la création Henri Mayet

Les conditions plateau imposées par la forme Danse Windows sont minimales Pas de jeux de lumière ni de décor C’est avec beaucoup de sobriété que la scène va se composer sur le tapis de danse qui bientôt résonnera avec fracas aux pas des deux interprètes.

L’une après l’autre, Mélodie puis Anne-Laure traversent le plateau avec une allure franche et déterminée. La similitude de leur costume et la cadence de leurs pas comme métaphore d’une parade militaire s’amplifie au fur et à mesure que la marche se fait martiale La musicalité du souffle rythme les traversées qui s’accélèrent. Les regards se croisent, elles se toisent. De manière inattendue les mouvements se coordonnent, s’organisent et se synchronisent de manière pantomimique. L’une est l’autre _font front commun dans une danse guerrière, telle une locomotive lancée à toute allure.

Le défi est posé, un duel s’instaure au sein d’un rapport de force équitable Toutes deux mènent tour à tour le jeu dans une singulière confrontation où se mêlent chants et ritournelles enfantines. L’écriture révoltée de Karima Mansour transparait de manière magistrale dans cette rixe L’état de guerre déclaré, la partition musicale très éclectique et actuelle signifie les émotions humaines figurée par les faciès grimaçants des deux adversaires. La cruauté fait partie prenante de ce monde, et si Mabrouk se dispute au lapin et au grand cerf de la comptine enfantine en propageant les jeux des frères ennemis (jeux de mains, jeux de vilains) ; ce n’est que pour mieux dénoncer la fausse idée d’un destin où rien ne change. «  Parce que rien ne change si rien ne change »*

*Citation de Karima

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Germaine Acogny “Double je” Mélodie Lasselin et Ludovic Tronché.

Assistant à la création Henri Mayet

La forme choisie par Germaine Acogny, plus légère et ludique ne se joue pas des jeux de la guerre. Mélodie est pour cette création accompagnée de Ludovic. Les deux comparses participent avec bonhommie et une relative innocence aux jeux d’un discours amical et affectueux. Joute verbale autour de verbes d’actions et jolies virevoltes agrémentent avec ingénuité les portés et arabesque parfaitement perpétrés par nos deux charmants complices.

La danse afro contemporaine hip hop de Ludovic se complait aisément du style enjoué arabo andalou de Mélodie dans une suite de moments de danse jubilatoires.

A la question comment tu t’appelles ? La réponse : qui je suis afin de mettre fin aux problèmes identitaires. D’où je viens ? Répond : ce que je deviens.

La bienveillance et l’entente sont au cœur de ce projet plein de promesses pour un avenir fait de convivialité et de partage La forme autobiographique de la composition écrite et chorégraphiée donne à cette composition danse-théâtre les accents d’une jeunesse porteuse d’espoir  Ils se jouent tous les deux de leur apparence autant que de leur appartenance dans l’échange et le partage de leurs biens. Ce qui leur appartient avant tout est une énergie et une joie de danser communicative. Une explosion de foulards et rubans chatoyants, un feu d’artifice multicolore envahit le plateau sur des rythmes world music africains, les deux jouvenceaux s’éclatent avec vitalité nous emportant dans leur élan enthousiasmant.

Pour notre plus grand bonheur un grand moment de jouvence Où la danse se fait fête par la «  virtuosité du plaisir »*

*Citation de Germaine

 

 

Pascale Logié-Broussart.

Un jour en plus – Cie Velum par Fanny GIRARD

Étape de travail Un jour en plus – Cie Velum

La Rose des vents

13 juin 2014

Face à nous, trois comédiens -transparent
musiciens enregistrent une pièce radiophonique, celle qui raconte l’histoire de Michel et de son idée. Il est beaucoup question de radio, tant dans le récit que dans la mise en scène.
C’est que la radio est un média singulier et résistant, alors que par elle ne transite que le son. Comparée à ceux du XXIème siècle, la radio paraît comme un média atrophié. C’est là toute sa force, et c’est en conscience qu’elle dirige l’écriture de la mise en scène de ce spectacle, comme une réponse à l’écriture d’un texte pour des voix.

Un jour en plus - Cie Velum par Fanny GIRARD

 

Et vous ? Que feriez-vous d’un jour en plus chaque semaine ?

[…] Pourquoi une telle idée ? Pour voir le monde autrement, pour mieux le regarder peut-être, pour se poser des questions, pour prendre le temps de se demander comment passent nos années.

 

A la lecture de ces quelques lignes de la compagnie Velum, on ne s’attend pas à pareil immersion dans le vif du sujet. Le dispositif est celui d’un studio de radio : micro, consoles, ordinateurs, casques… Tout y est et on fait partie de cet espace confiné, en étant positionné tout autour, entourant la boîte sur trois de ses côtés.

Les trois comédiens, deux jeunes hommes, une jeune femme, captent notre attention dès les premiers instants : nous sommes pris par le dispositif et très vite par les mots dans le micro, les regards forts, vrais et puissants, les déplacements. Et le chant. Cette voix féminine qui donne des frissons, étonne et enchante à la fois, par sa puissance et sa beauté. On ne lâche pas. On ne peut pas lâcher. On est dedans. On est pris comme dans un gouffre, un tourbillon, un onirisme, une autre dimension. On ne peut s’en échapper. De toute façon, on n’en a pas envie. On se laisse envoûter par cette intimité qui nous est racontée et partagée. On est partie prenante de la discussion. On s’est tous un jour posés des questions sur le temps qui passe, trop vite ou trop lentement. On sort de là en se demandant si on ne devrait pas faire comme Michel, qui profite de la prolifération du temps sur le seuil de sa porte. Profiter de chaque seconde comme si c’était la dernière…

Fanny Girard

http://www.compagnievelum.com/UJEP-MIDI_S_D.html

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