Lille-Dicidanse

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Feuille de choux des Arts vivants, Danse, Performance, Théâtre en région lilloise.

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 Dédié à l’actualité du spectacle vivant, en particulier de la danse et essentiellement des arts performatifs.

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De comptoir, avis, opinion, peut-être critique  voir:  n° 49 (octobre-décembre 2008) revue Mouvement

DOSSIER : LA CRITIQUE EST MORTE ? VIVE LA CRITIQUE !

Voilà déjà quelques années que la critique, hier volontiers perchée dans une tour d’ivoire, est bousculée, contestée, précarisée. Qu’est-ce donc que l’exercice critique aujourd’hui ? A-t-il encore droit de cité ? Quel est l’impact du chambardement du paysage médiatique, de la logique communicationnelle, de la démocratisation de l’opinion, du marché, mais aussi de l’invention permanente de l’art.

http://www.mouvement.net/site.php?rub=8&id=206225

Articles et Archives, Lille-Dissidanse-Archives

Essais, notes, écrits à caractère esthétique.

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Don et partage d'impressions, de sensations et d'émotions provoqués par la réception d'une oeuvre  issue de la scène artistique contemporaine dans le cadre d'une programmation locale Lilloise.

N'hésitez pas à nous rejoindre en tant que lecteur, critique ou rédacteur.

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Brèves;

 Une programmation qui se veut résolument féministe et engagée sur la question du genre

 Après Hana, Clara, Blanche-Neige, Eszter, Mylène , une journée rencontre; 

RESISTANCES A L’EGALITE ENTRE LES HOMMES ET LES FEMMES DANS LE MONDE DE LA CULTURE Mercredi 9 décembre 2009 à 9h30 Théâtre de l’Oiseau-Mouche/Le Garage 28 avenue des Nations unies – Roubaix 03 20 60 96 50 

lachairdumonde.jpg

crédit photo Ci contour Progressif M Benoit

La Chair du monde

Cie Contour Progressif, Mylène Benoit  Condition Publique, DAL le 10 11 2009. 

http://www.dailymotion.com/video/xawssc_la-chair-du-monde-contour-progressi_creation 

La chair du monde, c'est l'affection mutuelle que tissent entre eux les corps du monde.
Ce tissu est pixellisé, la chair du monde est pétrie d'images.
Chaque homme qui meurt, même à la télévision, est un monde qui s'éteint en silence dans notre chair.
C'est pourquoi, “la plus belle des danses, c'est quand les gens meurt au cinéma”.
(Robert Longo) 
 

 C’est à partir de la citation de l’artiste contemporain américain Robert Longo dont l’œuvre se situe au croisement de l’art conceptuel et d’un travail analytique et social de l’image dans nos sociétés contemporaines que la chorégraphe vidéaste Mylène Benoit construit cette nouvelle pièce chorégraphique.  Les caractères  vidéo techniques et scénographiques à la pointe de la création actuelle confirment l’écriture très particulière de cette très jeune artiste qui utilise avec intelligence et sensibilité les nouveaux médiums de la scène en les associant à une gestuelle, une composition du mouvement et de la danse qui lui sont propres.   De sa formation au Fresnoy- Studio des arts contemporains, Mylène Benoît  a le goût de l’image. Elle a acquis par la maitrise des nouveaux médiums et des  logiciels complexes qui composent le paysage artistique contemporain une confiance et l’assurance dans la pratique artistique d’un travail hybride  qui mixe le virtuel de l’image au réel de la physicalité des corps dansant sur scène.  Si la question critique de la violence et de la banalisation de celle–ci dans les médias apparaît pour beaucoup de nos censeurs et curateurs au centre des préoccupations éducatives et pédagogiques, c’est avec fermeté et engagement que Mylène Benoit se défend de toute morale bienpensante et moralisante sur ce sujet.*[2]  La démarche créatrice qui l’habite se fonde avant tout sur la perception physiologique et mécanique des corps contemporains à la réception des images télévisées et des jeux vidéo comme icônes de la guerre et, de la manière universelle dont celles-ci sont réétirées dans l’imaginaire collectif. En effet, de la sublimation de l’iconographie religieuse des martyrs de la peinture Renaissante religieuse à la cruauté de la peinture Baroque caravagesque en passant par la magnificence des grands ouvrages de la peinture historique classique du XXVIII aux   photographes reporters de guerre (dont le très controversé témoignage de Robert Capa «  Mort d’un soldat Républicain » lors de la guerre d’Espagne fait toujours polémique quant à son authenticité). Et de  la beauté atroce des visages de ces femmes dans la souffrance qu’elles soient  Palestiniennes, Israéliennes, Libanaises, juives, catholiques ou arabes et  dont l’expression de douleur évoque une forme d’art devant témoin  esthétisante qui nous fascine.   C’est non  sans rappeler le rapport étroit qu’entretient l’image avec l’exigence de mémoire que conforte notre époque spectaculaire. C’est sur les bases de cette proposition artistique précise que la chorégraphie se construit et que le jeu des quatre interprètes s’organise dans une suite de plans séquences dont l’éclairage subtil à la dominante verte saturée révèle le caractère récurrent parfois répétitif des phrases dansées. Dans un premier temps, le modèle de la répétition d’une impulsion contrainte et sous tension proche de la pantomime nous conforte dans le « style » direct issu de la technique du mouvement arrêté en plan séquence. Une dramaturgie ténébreuse s’installe par la mise en lumière sophistiquée de l’artiste éclairagiste Annie Leuridan et se fait  par le truchement des effets hypnotiques infrarouges qui ne sont pas sans évoquer un monde virtuel où les corps  se métamorphosent et deviennent fictifs.  La partition musicale expérimentale de Laurent Ostiz qui s’articule autour de sons électroniques sous la forme métaphorique d’une sorte de grésillement d’émetteurs radio nous conforte dans l’atmosphère d’état de guerre, d’insécurité et de terreur. La physicalité et la puissance du jeu dramatique est convoquée par une danse qui s’accélère, la musique se fait plus rythmique et mélodique. Le passage de l’état de guerre agressif qui nous affecte et nous fascine par sa lenteur, sa répétition et l’isolement des interprètes se réalise par un changement d’état qui se qualifie par une danse sensible  où altérité, l’écoute et le soin prennent place.  La chorégraphie se libère de la contrainte imposée par la pose et la posture et, fait place à une suite de mouvements délicats. Les portées se font fragiles et prévenantes, dans le délié des gestes doux portés par l’attention à l’autre et le soin. La qualité du vocabulaire dansé mis en œuvre dans ce moment de respiration révèle  la fragilité des corps et  les rendent plus humains, un nouveau souffle met fin à ce moment où la mort se fait tranquille. P L-B  15 11 2009   


[1] Roberto LONGO 1953, New-York 

Robert Longo utilise tout d'abord toutes les formes possibles d'expression allant de la peinture, jusqu'aux installations en passant par la vidéo et la sculpture. Il estime appartenir à une “génération qui est arrivée après l'Art conceptuel. L'art était mort.” Au travers d'œuvres mettant en scène la violence, le pouvoir et des monstres guerriers, l'artiste dévoile sa vision noire de la société américaine.  http://www.lesartistescontemporains.com/Artistes/longo.html [2] Conversation avec le public après le spectacle à l’Alimentation dont je restitue de manière informelle le propos sous réserve de l’entendement de l’artiste. 

Opéra de Lille carte Blanche à Christian Rizzo

Qui va là?

blancheneige1.jpgwww.blanche-neige.fr Une soirée en trois actes :Premier acte : au choix ! Entre le solo d’ I-Fang Lin chorégraphié par Christian Rizzo, ou Catherine Baÿ et ses Blanche-Neige démultipliées à l’infini, ou bien encore le monologue de Didier Galas avec son (H)arlequin, célèbre valet du théâtre occidental et ses histoires falsifiées. Les places sont limitées dans chaque espace, il faut donc s’inscrire à l’une des trois propositions.Deuxième acte pour tous, avec And Then d’Eszter Salamon.
Hongroise vivant à Berlin, ses chorégraphies dépassent dans chacune de ses créations le champ de la danse proprement dite. Pour ce spectacle, elle a recherché plusieurs de ses homonymes dans le monde, et entre ainsi dans l’histoire de huit personnes que rien ne relie entre elles, et dont l’existence ne la concerne ni de près ni de loin : « N’est-il pas étrange et presque troublant de pénétrer ainsi dans la vie des autres par le simple accident d’en rencontrer la preuve ? ». Écrit tel un documentaire, les témoignages se succèdent sur l’écran et sur la scène, qui se contracte et se déplie en plusieurs espaces de lumière.
Deux musiciens guest stars concluent chacun l’une des deux soirées : le pianiste Sylvain Chauveau et ses discrètes touches électroniques (vendredi 6), et Christian Fennesz, guitariste et grande figure de la scène techno électronique depuis les années 90 (samedi 7).Christian Rizzo est l’hôte permanent de l’Opéra depuis 2007. Il a également été artiste professeur invité pendant toute la saison 2008-2009 au Fresnoy, Studio national des Arts Contemporains à Tourcoing, qui s’associe à l’Opéra pour cette soirée. Les installations vidéo de Oh Eun Lee, Maïder Fortuné, Gregg Smith et Takako Yabuki, à voir lors des entractes, traitent également de l’incarnation et de la désincarnation, de la transposition et du personnage.”extrait du site de l'opéra de Lille;
 http://www.opera-lille.fr/fr/season-09-10/bdd/cat/danse/sid/99189_qui-va-la-

Qui va là ?

Samedi soir, 7 novembre 23h45.

Nous (mon fidèle compagnon et moi-même) sortons de l’Opéra de Lille, à la descente des marches quatre jeunes donzelles toutes émoustillées de leur escapade nocturne en ville nous accostent et nous interpellent sur ce lieu qui à leurs yeux  leur semble encore inaccessible.

Nous faisons apparemment bonne figure et, en bon agents des Arts et de la culture pour tous, nous nous  empressons de répondre à leurs questions.

Non, l’Opéra ce n’est pas trop cher, surtout pour vous les jeunes : 5 euros, mais il faut aller au poulailler. Quoique, cinq minutes avant, on peut prendre le risque et bingo !

 Nous ce soir on a payé 16 euros par abonnement.

Oui, il y a de grands opéras, de la musique, des costumes enfin, cela dépend des spectacles.

Ce que l’on a vu ce soir ?

De la danse, euh oui, enfin non, euh c’est un peu compliqué à expliquer…

Déjà à 20h sur le perron une amie qui me sait bien au courant de l’actualité de la scène dansée m’avait interrogée sur le contenu de la soirée qui, au vu du programme lui semblait  encore un peu floue. (Je connais ce lieu et l’ai bien critiqué en son temps[1]. J’ai étudié un peu le parcours de Christian Rizzo et me suis attachée à l’analyse scénographique de la scène au travers des  pièces[2] présentées en région.)

Je réponds  cependant dans l’expectative quant au programme de cette soirée qui pour nous était déjà signe de frustration. (J’apprends à la lecture du programme de salle que le solo  de I-Fang Lin était également programmé à 19h, ce qui n’apparaît pas sur le site web de l’Opéra.).

C’est cependant avec la persuasion et l’assurance  d’une bonne soirée organisée par ce trublion des arts que nous nous dirigeons vers les espaces de projection vidéo.  Certes la disposition des lieux et l’empressement du public un peu désemparé par cette programmation déambulatoire n’aide pas à la réception de ces œuvres  issues du fond du Fresnoy (qui reçoit actuellement Christian Rizzo en professeur artiste invité).

Nous trouverons le temps d’en visionner deux qui nous mettront en condition et donneront effectivement bien le ton de cette soirée.

C’est en artiste formel (même si l’on est bien tenté d’y faire référence, ce n’est pas l’indiscipline qui le caractérise, mais bien la rigueur et l’exigence quant à la maitrise des médiums qu’il utilise) que son écriture minimaliste se conforte dans un style baroque aux forts accents de rock n’roll et qu’il nous invite à de nouveaux rituels de la scène.

Premier temps de la soirée, Blanche-Neige. Catherine Baÿ  

La proposition faussement ludique de Catherine Baÿ est là pour nous convaincre que toute innocence de la part de ces (12) Blanche-Neige est à proscrire de tout art enfantin et  naïf.

C’est sous la forme rapidement décelée d’un commando de Guerilla girls de la scène animée qu’avec leurs bottines de caoutchouc et leurs attributs guerriers, ces icônes de la grâce féminines se démultiplient. Dans une action performative où le spectateur se trouve par un habile stratagème de regards impliqué et complice de la scène. Cela dure un temps et le Prince-Charmant n’arrive toujours pas.


 

Second temps, Pièce majeure And Then Eszter Salomon 

Christian Rizzo est habité de manière pluridisciplinaire par la question identitaire, la place de l’être dans ce monde  et de la personne au sein de notre société sont au cœur de son œuvre. C’est bien de la question de l’autre telle la célèbre affirmation de Rimbaud « Je est un autre », et de la théorie de l’hostilité[3] conçue par Freud que se révèle de manière frontale le propos identitaire dans la pièce choisie d’Eszter Salomon  And Then. 

C’est la troisième pièce que je découvre de cette artiste hongroise au caractère féministe bien trempé à l’écriture franche et tranchante. Cette fois encore, c’est sous la forme (un peu déroutante pour nombre de spectateurs de danse) d’un documentaire que la pièce se révèle au public  dans un travail de la perspective aigu et remarquable.

La fiction et le réel se mêlent dans une intrigante composition de portraits de femmes filmés et /ou joués sur scène; toutes partagent le même homonyme : Eszter Salomon. 

Au travers de cette surprenante théâtralisation qui use des nombreux moyens de se jouer de la représentation et des clichés du mode spectaculaire, se déroule un scénario où les passages, apparitions et disparitions des protagonistes  se dessinent dans les différents points de vue mis en œuvre par un savant travail de la perspective.

C’est au moyen d’une mise en lumière complexe et parfois difficile pour le spectateur que la pièce se construit. La teneur du texte et le verbe sont  au service d’un discours engagé parfois véhément.

La vivacité de cet acte de la parole sauve la pièce de son absence de danse, la chorégraphie se compose ici dans l’oscillation des séquences documentaires et fictives.

Fin de soirée 

A peine le temps de sortir de la salle, nous sommes invités à rejoindre le Grand Hall, où les transats à rayures installés face au podium nous accueillent de manière incongrue.

Les sons ténébreux de la guitare électrique de Christian Fennesz  ne nous laissent guère le temps de passer de l’univers du théâtre à celui de la musique. Mais le magnétisme de ces sonorités électro acoustiques nous happe et nous emporte immédiatement dans un univers musical envoutant.

L’intensité et la puissance des décibels engagés dans cette composition aux accents synthétiques acides prennent place dans l’espace. Espace  qui de ce fait se matérialise et nous semble lourd (je suis littéralement enfoncée dans mon transat, un poids sur l’estomac.)

Les textures musicales saturées faites de vibrations, nous conduisent dans les profondeurs de cette musique expérimentale menée avec austérité et concentration par Christian Fennesz tel un Méphisto de la création sonore contemporaine.

La directrice de l’Opéra Caroline Saulnier au bras de son artiste chorégraphe associé et complice Christian Rizzo peut une fois de plus se satisfaire d’avoir fait découvrir à son public sans cesse renouvelé et rajeuni une programmation aux saveurs étranges et surprenantes. Au risque de déplaire et tant pis pour ceux qui ne trouvent pas cela au bon goût de la bienpensante bienséance spectaculaire globalisante.

P L-B

Lille le 8 11 2009


[1] « Comme crâne comme culte » (* « Comme crâne comme culte » 29 septembre 2007 avec Jean-Baptiste André.) 

[2] Communication  séminaire Universitaire «  L’apparition sur la scène » avortée lors de l’année 2008-09(conflits sociaux), mais  le  texte est en cours de rédaction.

[3] S Freud Totem et tabou 

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Au Vivat Herman Diephuis: Paul est Mort.

crédit photo Alain Julien

“Avec “Paul est mort ?”, Herman Diephuis s’attache aux groupes des années 60 qui, à l’image de quatre célèbres “garçons dans le vent”, ont participé musicalement à la révolution culturelle de leur temps. (…) L’enthousiasme sincère du début est supplanté par les enjeux mercantiles du show business ; à l’émulation artistique succèdent les luttes d’ego ; l’accession aux sommets de la gloire est parfois sanctionnée par une fin brutale.” Guillaume Schmitt, Le Manège de ReimsBecause the sky is blue (Parce que le ciel est bleu), tout commence par cette chanson des Beatles, brillamment orchestrée.
Le temps d’installer une batterie, nos “trois jeunes garçons dans le vent” (où est le quatrième : est-il mort ?) vont camper, tour à tour, la fan surexcitée aux postures hystériques, l’idole adorée posant devant les caméras et son public et enfin, le musicien inspiré.
En se jouant des clichés liés aux excès du vedettariat, et construit comme une succession de tableaux, ce spectacle, habité par la musique familière des Beatles, éveille en nous une sensation assez jubilatoire : celle d’être à la fois celui dont on se moque et celui qui se moque.
C’est joyeux, efficace et brillant. Un vrai plaisir !
http://www.levivatblog.net/article-paul-est-mort—un-spectacle-d-herman-diephuis-37409203.html

Paul est mort Hermann Diephuis Vivat octobre 2009-

De l’audace, toujours de l’audace !

Oui, le Vivat Armentières est et se veut être un cas de figure particulier et singulier au sein des scènes nationales installées en province.
C’est avec toute la conviction et l’engagement consacré à la danse contemporaine qu’Eliane Dheygere directrice du centre nous a une fois de plus concocté une programmation à la pointe des tendances actuelles de la danse. Et cela dans un soucis « pédagogique » de sensibilisation de tous les publics.

En première de cette programmation danse,
« Paul est mort »  Ou, les Beatles à l’affiche au Vivat!
Et cela chorégraphié par Hermann Diephuis. 

Mais, qui est Hermann Diephuis ?
Paul, John, Ringo et Georges,  les images de ce groupe mythique, sont imprimées dans notre mémoire collective.
Le propos est simple et l’attente, l’enthousiasme du public  fort à la réception d’un spectacle musical. L’ovation faite en premier signe de reconnaissance à la Beatllemania est significative. De plus ces trois beaux jeunes interprètes au physique de boys-band nous séduisent par une prestation à la dynamique fringante et juvénile.
Et pourtant, si l’on s’attache à l’analyse de cette pièce, on a d’abord à se rappeler une évidence et, c’est Hermann lui-même qui le dit : Je suis un chorégraphe hollandais du sud.
Mais pas de ceux de la Flandre d’Anvers ni de Gand au verbe cru et cruel dont d’autres
scènes régionales se font la spécificité.
C’est à la manière sensible d’un Vermeer où l’ambiguïté de sa double culture franco-batave
de la danse et de l’image  permet à Herman Diephuis de revisiter avec humour et pertinence le phénomène toujours actuel de l’idolâtrie. Cependant , malgré le côté racoleur et séduisant de l’affiche, il nous livre une fois encore une pièce difficile et complexe tant par son écriture que par la manière dont il exerce le regard du public. 

Le traitement séquentiel de la lumière qui marque la cadence rythmique des postures nous oblige à un regard pointu, curieux et avide de surprise. Ce mode plaisant mené par les interprètes avec tonus et agilité ne dure qu’un temps.
La partition musicale qui se présente sous la forme musicale sophistiquée d’un mixage des mélodies reconnues accompagne les gestes où tout finit par se restreindre à un espace qui se limite même dans le temps.
Par ces contraintes multiples ajoutées à la soustraction des volumes et des sonorités, la danse circassienne jubilatoire et juvénile  fait place à un mouvement intérieur et minimaliste qui se traduit pour les danseurs par un passage délitant au sol. Alors se dessine le déclin et c’est une chorégraphie du retrait, du manque qui se fabrique autour d’une poésie de l’absence. Le minimalisme gestuel sublime l’image, le temps ainsi suspendu nous offre un réel moment de sérénité. 
Que dire des interprètes Avec Jean-Baptiste André*, Jérôme Andrieu, Julien Gallée-Ferre reconnus pour leur virtuosité et leur capacité théâtrale à manier l’exercice de la « grimace » et cela associé à une synchronisation parfaite de mouvements pourtant écrits sans partition si ce n’est la mémoire du geste et leur écoute respective de l’autre  dans l’instant. 

Certes, le spectacle en a surpris plus d’un, le show a fait place à l’expérience d’une danse de la posture construite et réfléchie. On n’en veut encore !  

P L-B 

« Comme crâne comme culte » (* « Comme crâne comme culte » 29 septembre 2007 avec Jean-Baptiste André.) 

HANA aKoma névéhanaakoma3.jpg

HANA 
chorégraphie | Isida Micani avec Alexandra Besnier, Géraldine Chatelain, Sandrine Becqet.
musique et projections | Spike
Lumières | Pierre Yves Aplincourt

  aKoma névé, récente compagnie régionale fait partie de la sélection  de jeunes chorégraphes que le CDC Danse à Lille s’engage en partenariat avec le CCN Roubaix et le Garage Cie L’Oiseau Mouche à accompagner et à diffuser dans le cadre de sa mission au développement des jeunes créateurs en danse contemporaine. 
Une fois de plus le choix rigoureux de Catherine Dunoyer de Segonzac s’avère juste et, a été bien reçu par le public qui dès la première, a ovationné ce spectacle au propos très singulier. 
Précédemment, lors des manifestations « Goûtez ma danse », Repérages et des parcours Nuit des musées, nous avions bien repéré cette belle danseuse à la plastique athlétique et la gestuelle assurée par un visible et exigent travail du corps. 

 La danse d’Isida  Micani se fait pour cette pièce danse “albanaise” dans une interprétation d’un fait social et ethnique, d’une coutume  ancestrale bien étrange  d’Albanie dont elle est originaire. L’identité et la question du genre se trouvent ici mis en exergue par une danse solidement maitrisée par cette jeune chorégraphe dont le parcours d’interprète éclectique signe sa singularité.  
Avec Hana, Isida Micani nous convie de manière très explicite  à découvrir un fait social, une coutume ancestrale inspirée  des lois du Kanun encore en vigueur en Albanie. Au travers de son expérience et de la recherche que la chorégraphe a menée sur ce mode de société dominée par les valeurs patriarcales, la loi du groupe et la filiation. La pièce Hana se situe à la frange d’une analyse psychologique qui s’énonce par une proposition chorégraphique claire. Le mouvement dansé est la base du vocabulaire de cette pièce manifeste dont le concept de la construction identitaire est le sujet. 

 Les vierges jurées. 
Si l’identité est toujours la manière de prendre conscience de soi, de se reconnaître parmi ses pairs et de savoir qui nous sommes, c’est toujours par interaction entre l’individu et le groupe  qu’elle se définit. Le choix non sexué  de changer de statut par ces femmes promues au rôle masculin de chef de famille les oblige à refuser tout acte sexuel et par conséquence la procréation leur est interdite. C’est à partir de cette dépossession de la féminité que le travail des danseuses se construit dans une suite d’actions performatives. La difficulté à ne pas se complaire dans une pantomime caricaturale et grotesque de la virilité est heureusement contournée par le jeu de passage d’un état à un autre où il est parfois délicat de se situer. 
Les écrans, éléments de décor participent à ce stratège scénique se faisant à la fois réflecteur et récepteur, lieu mystérieux de métamorphose entre apparition et disparition. 
L’expérience des techniques du corps est au cœur de la problématique identitaire, elle se fait sentir par des états de danse poussés à l’extrême pour les interprètes qui assurent de manière frontale une physicalité à son paroxysmique.  La force et la clarté des mouvements et trajectoires dessinent  une chorégraphie puissante parfois brutale où  les accessoires se font éléments de narration symbolique. 
Spike son  fidèle comparse  l’accompagne et porte la création dans un univers esthétique fait de sons et d’images dont il détient apparemment tous les secrets. La symbiose des éléments qui composent la vision du spectacle se révèle par la métamorphose des  corps sur la scène et par l’interactivité de la danse et de la vidéo. La projection des images floues sur les éléments architecturaux qui composent ce décor abstrait fabrique un univers ou rien ne semble fixé dans le temps et où l’imaginaire du spectateur se voit confondu. 

Hana, Lune en dialecte albanais ou, une  version à la fois violente et sensible du mythe de  la métamorphose d’un corps, là où la question de la faiblesse féminine ne se pose plus. 

  J’ai encore oublié de vous envoyer des roses.   
Pascale Logié-Broussart.  23 10 2009 

A lire également sur le site Culture Nord:
http://www.culturenord.fr/?p=1088#respond

jeangaudin.jpg 

http://www.dansealille.com/dal_pages.asp?id=1076

Demain, se réveiller par inadvertance 1 est l'histoire de Monsieur P dans le métro de Londres. Mademoiselle E sur scène, est aux prises avec les images de Monsieur P projetées sur du papier. Un cadavre exquis qui s'invente et se réinvente des couloirs du métro londonien au plateau

Si Jean Gaudin  est l’un des plus fidèles associés à Danse à Lille, il n’en reste pas moins l’un des plus iconoclaste et fantaisiste chorégraphe de la programmation de Catherine Dunoyer de Segonzac pour cette rentrée 2009. Chorégraphe et interprète de ses propres créations, il a toujours le goût de la danse et n’hésite pas à s’engager auprès des jeunes créateurs[1]. Mais pour cette occasion ; ouverture de la saison DAL 2009, c’est sous la forme originale d’une « Avant première » que le chorégraphe associé à son ami de longue date le vidéaste  Marc Guérini nous livre sa dernière pièce ou plutôt lieu d’expérimentation. Car si  la scène contemporaine s’expose aujourd’hui, c’est bien en un lieu de recherche et d’expérimentation qu’elle se révèle à un public toujours renouvelé. Dans le cas présent la mission de DAL s’enorgueillit d’avoir  reçu en nombre le public étudiant d’une école d’art renommée de Roubaix un samedi soir!

Lieu, sujet privilégié de ce baladin de la danse. Danse qui n’a lieu d’être que par le questionnement  de la position d’un corps dans l’espace scénographique étendu à la sphère du quotidien. Lieu de projection surréaliste où le geste banal se métamorphose en un acte poétique au travers du langage d’un corps dansant.

Si l’œuvre de Jean Gaudin  s’est vue projetée à ses débuts  par une danse théâtre comme objet scénographié des salles de spectacle héritage de sa formation auprès de Béjart, Carlson et Goss , il est force de constater qu’aujourd’hui l’invention et l’imaginaire de ce chorégraphe a trouvé  matière au travers de sa passion pour l’image et le cinéma.

On sait que la danse aujourd’hui par son émancipation[2] a gagné un  statut similaire à celui du cinéma et cela, malgré le paradoxe de son autonomie au théâtre, à la musique, aux arts visuels et la poésie et qu’elle peut être  qualifiée en tant qu’« Art  total » au sens non péjoratif d’un art qui se ferait fusion de tous les arts.

De ce goût pour la réunion des genres artistiques, et de l’attrait des lieux hors normes du plateau de danse, est née cette nouvelle pièce dont le long titre « Demain se réveiller par inadvertance, accent n°1 » nous évoque une esthétique surréaliste.

 « Demain se réveiller par inadvertance, accent n°1 » s’expose sous la  forme d’un cadavre exquis ; manière choisie par nos deux compositeurs afin de nous  dévoiler au travers de la maitrise de  leurs  formes et médiums de prédilection sur plusieurs tableaux une scène où:

« Le surréel devient un point de l’esprit ».

C’est d’un état d’esprit adolescent à la fois maladroit et espiègle  que Mademoiselle E (Eva Vandest) aux allures faussement gauche et désabusée entre sur le plateau, une danse au vocabulaire signé et à la gestuelle assurée où la maitrise technique se confond au déséquilibre, à la suspension  et à la chute. Dans le même état d’esprit, la danse de Monsieur P (Pascal Allio) apparaît sur un fragile écran de papier légèrement froissé en projection simultanée.  Le métro Londonien y devient lieu du sensible porteur d’une magie du mouvement que les déplacements et cadrages de la caméra animent à l’intérieur du dispositif scénique. Une esthétique orientaliste minimale  simplement agrémentée de papier déchiré, compose le décor de ce premier éclat sur scène. La présence incongrue et les interférences produites par le petit écran de téléviseurs  où se succèdent durant toute la pièce des mangeurs de yaourt nous interpellent et font enfin  sens. C’est en procédant par le stratège de l’association d’images et en  se référant à de ces mêmes pots de verre dans le film et sur les images photographiques que le sujet de la pièce (si il en faut)  prend  tournure.

La présence morcelée[3]de mademoiselle E et sa rencontre insolite avec Monsieur P associée à l’impermanence des images floues de la vidéo et de celle à peine visible de l’écran téléviseur mettent sans cesse la perception du spectateur au défi.

 Loin de tout semblant « Demain se réveiller par inadvertance, accent n°1 » est une pièce aux accents merveilleux suscités par toutes les conduites qui opèrent de l’imaginaire  et du réel.

La rigueur et le professionnalisme de ces interprètes et compositeurs nous convainc de ce que la danse peut et est la révélation d’un « point d’esprit ».

P L-B  le 7- 10- 09


[1] Samuel Mathieu GAME en résidence  2008 et une mémorable « Nuit des musées » édition 2007 au Broelmuseum Courtrai.

[2] Lire sur Mezetulle l'article de la philosophe Catherine Kinzler  ”La danse, art du corps engagé, et la question de son autonomie”
http://www.mezetulle.net/article-35091309.html

[3]Laurence  Louppe, Poétique de la danse contemporaine La suite, Contredanse, p109. 

Le Vivat Armentières n'est pas peu fier de fêter ses 20ans!

 Ne manquez pas le week-end ouverture de la saison qui nous promet bien des surprises.Vendredi 25 et samedi 26 septembre.

20ansvivat.bmp

france distraction :

1er événement “20 ans” du Vivat !

Carte blanche à france distraction
BELINDA ANNALORO / ANTOINE DEFOORT /
JULIEN FOURNET / HALORY GOERGER / SEBASTIEN VIAL

25 & 26 SEPTEMBRE 2009
 EVENEMENT GRATUIT 

Installations, concerts, performances,
fanfare d’asthmatiques, maquereaux grillés
et cinéma en plein air…

http://levivat.over-blog.com/article-33043419.html

http://levivat.over-blog.com/article-36625806.html

La bande des 5 qui est abritée en résidence depuis quelques années à L'EPSM d'Armentières sous la tutelle bienveillante du Vivat nous avait concocté une programmation franchement distractive pour cette manifestation anniversaire des 20 ans de la structure Armentièroise.

C'est avec tout l'humour, la fantaisie  et le sérieux qui animent cette joyeuse équipe que ce beau week-end automnal c'est vu agrémenté par la découverte d'une incroyable programmation aux accents musicaux et performatifs .

Le Vivat s'était pour l'occasion métamorphosé en un grand espace d'exposition qui lui donnait ainsi l'allure à la fois contemporaine et décalée d'une foire d'art où se mélait shows, performances, installations et cuisson de harengs.

Du goût pour la dérision minimaliste de l'art de la conférence magistralement orchestrée par le bavard Martin Granger à la pharamineuse entreprise orchestrale de La Pieuvre, c'est avec dérision ou absurdité que certaines performances nous ont menées dans un univers ou l'incongru et le paradoxe font loi.
Nous avons étés accueillis en entrée par une populaire fanfaronnade composée des grands classiques du cinéma d'action et interprétée de manière musclée par l'Harmonie du Commerce locale.
Ensuite, après avoir déambulé dans le parcours de découvertes des installations ludiques et parfois très poétiques de nos 5 plasticiens. Le charme et la grâce de la symbiose des voix et des musiques de Bobick ou Sacha se confrontent sans heurt à la présence magnétique et acoustique de Lawrence Foster. Ce beau et séduisant jeune homme à l'allure faussement juvénile s'oppose de manière paradoxale à la performance incongrue et édulcorée de Benjamin Seror. C'est sous la musique rock acide de Boogers que la soirée se poursuit aux toilettes mixtes pour l'occasion( il y eu des surprises).
Et, que dire de la force, de la fascination et de l'impact que Féromil nous influe au commande de son inquiétant et étrange instrument!
Et pour terminer la soirée, moments de poésie sans narration mais où chaque image parle, beau cadeau que la projection des vidéo-aquarelles de Jeff Scher.

L'entreprise simulée par le décor bureautique ingénieusement fabriqué par notre audacieux collectif c'est vu fédérée par les actions des protagonistes dont le public faisait entièrement part.

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Les visiteurs sont invités de manière spontanée à s'engager dans des actions aussi physiques et démonstratives qu'une scéance de trampoline, d'une commande de hot dog à Bettina Attala à New-York via spike  ou d'un maquillage gore de fin de bal ayant mal tourné.

Cette forme simple et éphémère mais efficace de mise en scène du public a réveillé en chacun de nous une âme de performer.

Le Vivat 20 ans j'y étais!

Début de saison 2009,

CDC Danse à Lille. 

L’ouverture de saison du CDC Danse à Lille nous avait déjà bien fait mordre à l’hameçon  en nous proposant lors des journées du patrimoine deux  pièces aux qualités esthétiques très différentes. La « Drache » de Julie Bougard qui nous a offert sous une forme « folklorique » théâtrale peu commune un solo détonant sous le signe de  l’énergie et de  la fantaisie. Cette jeune chorégraphe également membre de la compagnie Illico a su habilement tirer partie de la créativité qui caractérise la chorégraphie belge dans toute sa belgitude, le tout associé à une danse solidement basée sur des conceptions post modern, une maitrise et un savoir faire du mouvement.   Cette danse associée au travail plastique du plasticien vidéaste Lucas Racasse nous a emmenés dans un voyage onirique au travers de cartes postales mises en scène dans un film aux couleurs de ciel sous une pluie diluvienne. http://www.bougard.net/Site_2/Creations/Pages/Drache.html 

En second opus de ce temps « dans les murs » de ce lieu magnifique chargé d’histoire, la présence marquée de Gilles Verièpe, jeune chorégraphe soutenu par le CDC  en résidence à l’espace Balavoine à Arques. 

« A partir de Phrygian Gates pièce pianistique de John Adams, je désire créer un solo mettant en scène mon corps de danseur et développant un travail sur les émotions afin de mieux explorer mon acte d'interprétation.
Porté par la musique, je désire traverser les différents cycles musicaux de cette oeuvre, comme guidé par mon inconscient, pour que mon corps déroule une chorégraphie qui traversera différents états de corps tel un parcours initiatique.
Je conçois Phrygian Gates comme un voyage intérieur. » 

 http://www.compagnie-gilles-veriepe.com/site/ 

Ce dont ce très expressif chorégraphe nous a fait don en ces journées du patrimoine se situe au cœur son travail artistique. C’est de sa pratique de danseur (formé chez Maguy Marin, Bagouet, Saporta et ancien membre du Ballet Preljocaj) et du ressenti qu’il manifeste pour ce corps du danseur, que Gilles Verièpe se questionne sur la part de l’interprète dans la monstration physique de l’exploration gestuelle qui l’habite. Dans la violence d’une mise en lumière extrême à la ténébreuse coloration rouge saturée, ce solo dont la grande sensibilité et sensualité  nous plonge dans une mise à nu de l’artiste où l’intime délicatesse se confond à une forme de mélancolie portée par les notes musicales pianistiques de John Adams.  « Phrygian Gates » pièce au titre mystérieux dont nous attendons beaucoup.   A suivre…